À la mi-2026, le marché immobilier québécois vit une situation inhabituelle : les propriétés à vendre n’ont jamais été aussi nombreuses depuis des années, les ventes ralentissent — et pourtant, les prix continuent de battre des records. Portrait d’un marché qui déjoue la logique habituelle, et de ce que cela change concrètement pour ceux qui veulent acheter ou vendre.
Normalement, quand l’offre augmente et que les ventes ralentissent, les prix se calment. Le Québec de 2026 fait exception : plus de choix pour les acheteurs, mais aucun répit sur les prix. Comprendre pourquoi, c’est comprendre où se trouvent — et où ne se trouvent pas — les occasions.
I — Le portraitPlus de maisons à vendre, moins de transactions
Les données provinciales compilées dans la base Centris pour mai 2026 dressent un portrait clair. Environ 9 300 propriétés ont changé de mains dans le mois, un recul d’environ 6 % par rapport à l’an dernier. Pendant ce temps, le nombre d’inscriptions en vigueur a grimpé de 13 %, dépassant les 42 000 propriétés offertes sur le marché. Autrement dit : il y a plus de maisons à vendre, et moins de gens qui achètent.
Dans un marché ordinaire, cette combinaison annoncerait un ralentissement des prix. Ce n’est pas ce qui se passe. Le prix médian d’une maison unifamiliale au Québec a atteint environ 525 000 $, en hausse de 5 % sur douze mois. Les plex se maintiennent autour de 685 000 $ et les copropriétés autour de 407 000 $, en progression d’environ 2 % chacun. Au printemps, le prix de référence des propriétés résidentielles de la province a même établi un nouveau sommet historique — le quatrième mois record d’affilée.
Le Registre foncier du Québec, la source officielle des transactions, confirme la tendance de fond : les ventes enregistrées reculent d’environ 12 % sur un an. Mais il ajoute un signal moins réjouissant : l’indice de difficultés financières — qui regroupe les défauts de paiement hypothécaire, les préavis d’exercice et les saisies — a augmenté de plus de 13 % par rapport à l’an dernier. Le marché tient, mais une partie des propriétaires, elle, commence à souffrir.
II — L’explicationPourquoi les prix ne baissent pas
La réponse tient en un mot : la rareté. Malgré la remontée des inscriptions, le Québec traîne un déficit structurel de propriétés par habitant. La demande, elle, reste alimentée par une démographie soutenue et par une abordabilité qui demeure meilleure qu’en Ontario ou en Colombie-Britannique — ce qui continue d’attirer acheteurs et nouveaux arrivants. Résultat : même avec plus de choix, la concurrence reste assez vive pour soutenir les prix dans la plupart des marchés locaux.
Les prévisionnistes s’entendent d’ailleurs sur la direction. Royal LePage anticipe une hausse d’environ 7 % du prix des propriétés au Québec pour l’ensemble de 2026, alors que des marchés comme Toronto s’attendent plutôt à des reculs. La ville de Québec fait figure de cas d’exception au pays : la firme y prévoit la plus forte croissance des grands centres canadiens, environ 12 %, pour une deuxième année d’affilée.
« La ville de Québec est sans conteste l’étoile de notre marché cette année »
La Société canadienne d’hypothèques et de logement (SCHL) nuance sans contredire : dans ses perspectives 2026, elle prévoit une croissance des prix légèrement plus rapide cette année, suivie d’une stabilisation en 2027 et 2028. Le message est cohérent d’une source à l’autre : personne n’annonce d’effondrement, et personne n’annonce d’accalmie franche non plus.
≈ 9 300 — propriétés vendues dans la province en mai (−6 % sur un an). · ≈ 42 000 — inscriptions en vigueur (+13 %). · ≈ 525 000 $ — prix médian d’une unifamiliale (+5 %). · ≈ 685 000 $ — prix médian d’un plex. · ≈ 407 000 $ — prix médian d’une copropriété. · +13 % — hausse de l’indice de difficultés financières (Registre foncier). · +7 % — hausse de prix prévue au Québec pour 2026 (Royal LePage).
III — MontréalLa métropole ralentit, mais les vendeurs gardent la main
Le Grand Montréal illustre bien la nouvelle donne. En mai, la région métropolitaine a enregistré environ 4 600 ventes résidentielles, en recul de 7 % sur un an, toutes catégories confondues. L’explication la plus visible n’est pas le taux hypothécaire : c’est l’emploi. Le taux de chômage du Grand Montréal est passé d’environ 6,3 % en janvier à 7,7 % au printemps, son plus haut niveau hors pandémie depuis près de dix ans. Un marché du travail qui se refroidit finit par calmer la demande immobilière.
Et pourtant, là encore, les prix n’ont pas suivi les ventes vers le bas. Le prix médian des unifamiliales de la région a atteint environ 645 000 $ (+3 %), les plex ont bondi d’environ 6 % à 875 000 $, et les copropriétés se maintiennent autour de 430 000 $. Le ratio ventes/nouvelles inscriptions place toujours l’ensemble de la région en territoire favorable aux vendeurs.
Le segment à surveiller, c’est la copropriété. Les inscriptions actives de condos sont en forte hausse, les délais de vente s’allongent — l’unité typique met maintenant environ 47 jours à trouver preneur — et certains quartiers centraux basculent vers l’équilibre, voire vers un marché d’acheteurs au centre-ville. Pour les premiers acheteurs, longtemps tenus à l’écart, c’est la porte d’entrée la plus réaliste du moment.
IV — Côté pratiqueCe que ça change pour vous
Si vous cherchez à acheter, le contexte s’améliore sur un point précis : le choix. Avec 13 % plus d’inscriptions, les visites précipitées et les promesses d’achat sans conditions perdent du terrain dans plusieurs secteurs. Mais attendre une baisse de prix généralisée serait un pari risqué : aucune source sérieuse ne la prévoit à court terme. La stratégie raisonnable reste la même : une préapprobation hypothécaire solide, un budget qui tient compte du test de résistance, et de la patience dans les segments qui se détendent — la copropriété en tête.
Si vous vendez, les chiffres jouent encore pour vous, mais moins confortablement qu’avant. Votre propriété a plus de concurrentes qu’il y a un an, et les acheteurs, moins nombreux, comparent davantage. Le prix demandé doit être juste dès le départ : dans un marché où l’inventaire remonte, une propriété affichée trop cher risque de vieillir sur le marché — et une inscription qui traîne finit presque toujours par se négocier à la baisse.
Si vous êtes propriétaire et que le paiement serre, la hausse de l’indice de difficultés financières rappelle une règle simple : agir tôt. Un préavis d’exercice n’arrive jamais sans avertissement — parler à son prêteur avant le défaut de paiement ouvre des options (report, refinancement, vente ordonnée) qui disparaissent une fois les procédures entamées.
ConclusionUn marché à deux vitesses, pas un marché en crise
Le Québec immobilier de 2026 n’est ni en surchauffe ni en correction : il est en tri. Les unifamiliales et les plex restent disputés et chers; la copropriété respire enfin et redonne une chance aux premiers acheteurs; et une minorité de propriétaires, fragilisée par l’économie, rappelle que derrière les records de prix, l’endettement a un coût bien réel.
Pour le citoyen, la leçon est la même qu’à chaque cycle : les moyennes provinciales font les manchettes, mais les décisions se prennent quartier par quartier, propriété par propriété. EnImmobilier.ca continuera de suivre les chiffres — et de les traduire en langage clair.
Ça veut dire de meilleures décisions — pour ceux qui s’informent.
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Note éditoriale. Cet article d’actualité repose exclusivement sur des données et rapports publics : statistiques du système Centris compilées par l’Association professionnelle des courtiers immobiliers du Québec (APCIQ), Registre foncier du Québec, prévisions de Royal LePage et de la Société canadienne d’hypothèques et de logement (SCHL). Les chiffres cités sont arrondis et reflètent les plus récentes données disponibles au moment de la publication; ils peuvent être révisés par leurs sources. EnImmobilier.ca est une plateforme citoyenne indépendante d’information immobilière. Cet article ne constitue ni un conseil financier, ni un conseil en placement, ni un avis professionnel. L’auteur n’est ni courtier immobilier ni conseiller financier.
Sources et références
Données provinciales. Statistiques mensuelles du marché résidentiel (base Centris, mai 2026), Association professionnelle des courtiers immobiliers du Québec (APCIQ); synthèse des perspectives du marché immobilier au Québec, nesto.ca, juin 2026.
Données officielles. « Statistiques sur le marché immobilier », Registre foncier, Gouvernement du Québec, données de mai 2026 (ventes enregistrées, transferts, hypothèques, indice de difficultés financières).
Prévisions. Étude de prévisions 2026, Royal LePage, décembre 2025, rapportée par Le Devoir (« Hausse de 7 % du prix des propriétés en vue au Québec en 2026 ») et Les Affaires; « Perspectives du marché de l’habitation 2026 », Société canadienne d’hypothèques et de logement (SCHL), janvier 2026.
Montréal. Statistiques APCIQ pour la RMR de Montréal (mai 2026) et analyse du marché montréalais, nesto.ca, juin 2026; données de janvier 2026 sur le marché montréalais, APCIQ.
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